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Algérie, la guerre des slogans entre le pouvoir et le Hirak

Algérie, la guerre des slogans entre le pouvoir et le Hirak

Face à la propagande du régime algérien, mise en musique par une police politique omniprésente, les manifestants du Hirak ont inventé leurs propres slogans qui façonnent, semaine après semaine, un projet politique en pointillés

De tout temps, les slogans furent une expression concise d’une pensée longiligne. Depuis son indépendance, l’Etat algérien détenait le monopole du champ politique et donc de l’usage des slogans. La fin du FLN comme parti unique, après les événements d’octobre 1988, offrait aux partis politiques naissants une opportunité d’user de crédos mobilisateur. Du moins jusqu’au coup de force militaire de Janvier 1992 a mis le monde politique au pas une décennie.

La main de l’étranger

L’appareil sécuritaire algérien n’a jamais cessé de fabriquer des éléments de langage, y compris pour  la pseudo opposition au pouvoir qu’il contrôle naturellement. « La main étrangère visant à déstabiliser le pays et à menacer sa sécurité ». Voici un slogan porteur qui est revenu durant toutes les crises que le pays a traversées, et déja contre  signataires de la plateforme de Sant ‘Egidio en Janvier 1995 à Rome. Eux qui tentèrent d’élaborer un compromis politique avec les forces islamistes furent dénoncés comme la main de l’étranger.

« Honneur au slogan, véritable fumier qui fait pousser le désir et transforme les hommes tranquilles en clients passionnés » disait Armand Salacrou.

Depuis, ce nationalisme de façade  est devenu le marqueur de toute initiative politique non instrumentalisée par la police politique 

Plus subtil, « Pouvoir assassin » a été utilisé, sur pression des services secrets algériens, par des pseudos partis d’opposition. Le parti laïc, le RCD, dont le chef, Said Saadi, était proche de certains cercles de l’arme, tout comme le parti islamiste Hamas, création de l’ex DRS (services algériens) l’ont repris, bras dessus dessous,  pour déstabiliser la Présidence ou le gouvernement quand ces derniers s’écartaient de la feuille de route des militaires. 

« Pouvoir assassin » est aussi utilisé par le mouvement des « Aârouch » en Kabylie en 2001. La plupart de ses animateurs ont été récupérés par les services de l’ex DRS à travers un système de cooptation qui manie tout à tour la répression et le compromis, sur fond d’achat des consciences. Décidément, le « pouvoir assassin » est devenu un billet gagnant dans une loterie bien organisée au sommet de l’État.

« Non au cinquème mandat »

Le mouvement du Hirak, qui a maintenant deux années derrière luin  a commencé par un « non au cinquième mandat » un certain 22 février 2019. Une fois acquis d’autres slogans ont pris place dans l’arène de la place Audin et de la grande poste à Alger. « Yatnahaou Gaâ » ( « tout le monde dégage ») est l’éxigence constante du Hirak répétée chaque vendredi qui pousse le pouvoir algérien surla défensive.  Au point que le chef d’État major Gaid Salah, légitimiste depuis sa nomination en 2004, pousse le Président Bouteflika vers la sortie.

Les partisans de l’ex DRS, exclus des appareils sécuritaires  par un Gaïd Salah qui veut prendre sa revanche sur l’es DRS du général Toufik, tentent de prendre contrôle de la contestation populaire à travers des slogans hostiles au nouveau maitre de l’Algérie. Des chansons qui ciblent Gaïd Salah, sont improvisées, qui témoignent de l’entrisme de ces forces occultes dans le mouvement populaire.

Après l’élection présidentielle et le référendum constitutionnel,  marqués par des abstentions record, le Hirak marque, ces derniers jours, son retour en imposant des slogans inédits qui ciblent les famex services de sécurité. Après « Tebboune Mzawer Jabouh Al Asker » Tebboune président falsifié intronisé par les militaires, le hirak radicalise ses slogans. « Moukhabarat Irhabia tasket Al daoula Al Aâskaria ». Les services de sécurité terroristes abat l’État militaire marque les esprits. Il impose une rupture consommée et suscite des polémiques au sein d’une certaine élite.

En effet, nombres de journalistes, de juristes, politiques se sont exprimés sur ce pas franchi qu’ils considèrent audacieux mais dangereux. C’est les révélations de tortures et de viol durant la détention des militants de la contestation qui a porté le Hirak dans une intransigeance affichée. Aucun journaliste, ni politique, ni juriste n’est venu condamner les pratiques inhumaines des services de sécurité ni exigé l’ouverture d’une enquête afin de punir les responsables. Défendre les services est une façon d’ambitionner le maintien du système.  

Le projet de loi sur la déchéance de la nationalité des membres de la diaspora contestataire poussera les hirakistes à cibler plus le pouvoir réel par des slogans sentencieux. La pression populaire marque son retour le 16 Février à Kherratta par de nouvelle improvisation ; la chanson contestataire. Aux slogans concis répondent des chansons remplies de sens et de significations. Accusé de tous les maux, le système doit revoir sa copie faute de pouvoir faire face à une amplification de la contestation dans son propre camp.

Le slogan ciblant les services de sécurité a fait réagir ses affidés. Des voix se lèvent pour dénoncer une « dérive » menaçant la cohésion des structures de l’Etat. Ces mêmes voix ne contestent jamais les pratiques admises comme norme dans le traitement des détenus (tortures, violences physiques et sexuelles). Ils ne les présentent même pas comme dépassements.

Les services sont montrés avec des doigts accusateurs par les hirakistes. La récente prise de positions des instances internationales réclamant la libération des détenus ainsi que l’arrêt des répressions est un écho aux dénonciations du la contestation populaire.  


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