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Des milliers de manifestants du Hirak marchent à nouveau en Algérie

Des milliers de manifestants du Hirak marchent à nouveau en Algérie

Lors de la marche hebdomadaire du Hirak, à Alger, le 5 mars.

Depuis le 22 février, deuxième anniversaire du Hirak (le soulèvement populaire contre le régime et pour la démocratie), les marches hebdomadaires ont repris en Algérie. Des milliers de personnes ont ainsi manifesté, vendredi 5 mars, dans la capitale, Alger, et dans d’autres villes du pays, enracinant la mobilisation.

Le journaliste Khaled Drareni, récemment libéré de prison, a couvert la marche d’Alger sur les réseaux sociaux. Emprisonné pendant près de un an pour avoir couvert une manifestation du Hirak, il avait annoncé dès sa libération qu’il reprenait son combat pour la liberté de la presse en Algérie.

Avec le traditionnel slogan « Etat civil et non militaire », les protestataires ont fustigé « les services de renseignement terroristes », accusés de torture par des détenus ou par d’anciens détenus du Hirak. Comme chaque vendredi, un important dispositif policier était déployé dans la capitale tandis qu’un hélicoptère survolait le centre d’Alger.

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Au même moment, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) des Nations unies a réclamé aux autorités algériennes de mettre immédiatement fin aux violences contre des manifestants pacifiques et d’arrêter les détentions arbitraires. « Nous sommes très préoccupés par la détérioration de la situation des droits de l’homme en Algérie », a déclaré Rupert Colville, porte-parole du HCDH lors d’un point de presse régulier de l’ONU à Genève.

M. Coville a déclaré avoir toute une série de demandes pour le gouvernement, à commencer par « la libération immédiate et sans condition de toutes les personnes arrêtées ou détenues arbitrairement pour leur soutien présumé au Hirak, et à abandonner toutes les charges retenues contre elles ».

Ce dernier a fait état de « rapports crédibles » selon lesquels près d’un millier de personnes ont été poursuivies pour avoir participé au mouvement ou pour avoir publié des messages critiques à l’égard du gouvernement sur les réseaux sociaux, mais aussi qu’« au moins 32 individus sont actuellement détenus pour l’exercice légitime de leurs droits fondamentaux, et certains d’entre eux sont passibles de longues peines, tandis que d’autres sont toujours en détention provisoire ».

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« Allégations de torture et de violences sexuelles »

Le Haut-Commissariat a aussi reçu « des allégations de torture et de mauvais traitements en détention, y compris de violences sexuelles ». L’agence demande des enquêtes « rapides, impartiales et rigoureuses » sur ces allégations.

Le HCDH accuse les forces de sécurité algérienne d’un usage excessif de la force. Il estime que des centaines d’individus ont été arrêtés depuis la reprise des manifestations le 13 février 2021. Cette situation fait écho à ce qui s’est produit en 2019 et 2020, lorsque au moins 2 500 personnes ont été arrêtées ou détenues dans le cadre de leur engagement pacifique, souligne-t-il. De même, les procédures pénales engagées en 2019 et 2020 contre des militants, des défenseurs des droits de l’homme, des étudiants, des journalistes, des blogueurs et des citoyens ordinaires qui ont exprimé leur opposition se sont poursuivies pendant les deux premiers mois de 2021, constate encore l’institution onusienne.

La veille, la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH) avait demandé l’ouverture d’une enquête concernant de nouvelles accusations de torture émises par des détenus ou ex-détenus du Hirak. « Nous demandons au parquet de se saisir dès qu’il y a ce type de révélations, conformément à la loi », a déclaré Saïd Salhi, le vice-président de la LADDH.

Trois militants du Hirak, Karim Tabbou et Walid Nekkiche, tous deux anciens prisonniers, et Sami Dernouni, en détention, affirment avoir été torturés par des membres des services de sécurité. « La justice doit s’autosaisir et prendre ses responsabilités en ouvrant une information judiciaire et un procès », a affirmé M. Salhi.

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Lors de son procès, le 1er février, Walid Nekkiche, étudiant de 25 ans, a dit avoir été « agressé sexuellement, physiquement et verbalement » par des éléments des services de sécurité pendant une garde à vue. Son témoignage éprouvant a suscité une vive indignation en Algérie. Le parquet général a ensuite annoncé l’ouverture d’une enquête – confiée à la justice militaire – « dans le but d’établir la vérité sur ce qui se serait passé ».

Karim Tabbou, opposant politique et figure emblématique du Hirak, avait témoigné le 4 mars 2020 devant la justice avoir subi des violences lors de son arrestation et d’un interrogatoire dans la caserne Antar, à Alger. « On m’a frappé, insulté, humilié », avait-il dit.

Enfin, Sami Dernouni, jeune « hirakiste » arrêté en décembre 2020 et jugé mardi dernier, a affirmé avoir « été déshabillé, battu, torturé au pistolet électrique Taser » dans les mêmes locaux des services de sécurité à Alger, selon un de ses avocats, Ali Fellah, cité jeudi par le quotidien francophone El Watan.

Dans un communiqué sur sa page Facebook, la LADDH évoque le cas de deux autres hirakistes ayant souffert de sévices. « Aucune plainte, aucun procès n’a abouti », déplore l’ONG algérienne, qui « rappelle au pouvoir sa pleine responsabilité et ses obligations de respect de la dignité humaine, de la protection des citoyens et justiciables ».

L’Algérie a ratifié en 1989 la Convention internationale contre la torture, qui est bannie par le code pénal et la Constitution du pays.

Le Monde avec AFP

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