in

Liberté d’expression des Algériens mise à rude épreuve par les lois sur les médias adoptées sous le prétexte du COVID-19 · Global Voices

Le 2021-04-08 16:14:00, Liberté d’expression des Algériens mise à rude épreuve par les lois sur les médias adoptées sous le prétexte du COVID-19 · Global Voices


Capture d’écran de la chaîne YouTube de France24 montrant des images de manifestations de Hirak en Algérie.

L’Algérie est en ébullition depuis début 2019. Un mouvement populaire de protestation de rue anti-gouvernement, appelé Hirak, a recueilli un soutien massif dans différents segments ethniques et sociaux de la société et est toujours en cours. À cela, le gouvernement a répondu par des lois et des mesures qui limitent la liberté d’expression, et l’a souvent justifié par la nécessité de lutter contre la pandémie.

Le mouvement Hirak a débuté en février 2019, quelques jours après que le président Abdelaziz Boutefikla, au pouvoir depuis 1999, ait annoncé qu’il se présenterait pour un cinquième mandat. Le peuple algérien a réagi avec les plus grandes manifestations de rue pacifiques depuis la fin de la guerre civile algérienne en 2002. Finalement, Boutefikla a concédé sa défaite et a démissionné le 2 avril 2019.

Pourtant, sa démission n’a pas apporté les changements attendus par une majorité d’Algériens. Ils ont donc continué à manifester pacifiquement chaque vendredi à travers le pays pour faire pression pour des changements politiques importants et la fin de la corruption à grande échelle.

Comme l’explique ce compte Twitter qui surveille le mouvement Hirak, l’enjeu est l’état d’esprit du gouvernement qui est perçu comme utilisant divers arguments, y compris la pandémie, pour justifier son emprise sur la société:

#Algérie Military-oligarchic-junta utilise la couverture de COVID-19 pour étrangler le soulèvement populaire. le #hirakLa demande centrale d ‘un État civil et non militaire est conçue pour lutter contre cet état d’ esprit précis et sa répression inhérente. #Algeriehttps://t.co/TpoTNF3PgN

– Révolte d’Algérie (@AlgeriaRevolt) 11 mai 2020

Les autorités ont finalement répondu au mouvement en organisant des élections présidentielles en décembre 2020, qui ont été remportées par Abdelmajid Tebboune. Pourtant, le vote a été largement boycotté, reflétant le peu de confiance d’une partie importante de la population dans sa candidature car de nombreux Algériens ne le voyaient pas aussi différent de ses prédécesseurs.

En effet, alors que Tebboune avait initialement exprimé son soutien au mouvement Hirak, il a finalement changé d’avis et soutenu l’adoption d’une législation restreignant la liberté d’expression numérique en Algérie. Et ainsi, les protestations ont continué.

Premiers changements de législation pendant la pandémie

Le premier changement significatif s’est produit en avril 2020. Le parlement et le sénat algériens ont voté des amendements au Code pénal qui introduisaient des peines plus lourdes dans le contexte de situations particulières, y compris en période de pandémie. Village de la justice [Justice Village], une publication en ligne créée par des juristes, l’explique dans son article:

Le nouveau Code pénal prévoit ainsi une peine d’un à trois ans de prison, et une amende pouvant aller jusqu’à 300 000 dinars algériens (1900 euros) à la suite de «toute personne jugée coupable de propagation de fausses informations». peines peuvent être plus lourdes, de trois à cinq ans de prison «si ces actes sont commis durant les périodes de confinement sanitaire ou d’une catastrophe naturelle, biologique ou technologique ou de toute autre catastrophe.

Le nouveau code pénal prévoit des peines de un à trois ans de prison et une amende pouvant aller jusqu’à 300 000 dinars algériens [US$ 2 261] contre «toute personne reconnue coupable de diffusion de fausses informations». Les peines peuvent être plus lourdes, de trois à cinq ans de prison « si ces actes sont commis pendant des périodes d’isolement sanitaire ou d’une catastrophe naturelle, biologique ou technologique ou de toute autre catastrophe ».

Une législation plus coercitive sous la nouvelle présidence

En Algérie, les médias d’État sont soumis à un contrôle et à une censure stricts, fournissant des informations qui doivent d’abord être approuvées par les autorités. Dans ce contexte, les plates-formes indépendantes telles que les médias privés, les médias sociaux, la télévision par satellite et d’autres médias étrangers représentent la principale source d’information alternative.

Interviewé au téléphone par GV, El Kadi Ihsane, qui possède plusieurs médias indépendants, explique le contexte général:

Le système a depuis huit ans extrêmement réglementé les moyens de financement des médias, au point de les mettre en péril. Aujourd’hui, nous traversons une période critique, il n’y a aucun modèle qui est capable de fournir une information de qualité par manque de moyen car ces restrictions ne permettent pas de garantir un modèle économique viable et de se projeter, on est dans une précarité totale.

Depuis huit ans, le système réglemente sévèrement les moyens de financement des médias, au point de les mettre en danger. Aujourd’hui, nous traversons une période critique, il n’y a pas de modèle capable de fournir une information de qualité faute de moyens car ces restrictions ne permettent pas de garantir un modèle économique viable et d’envisager l’avenir, nous sommes dans un état de précarité totale.

Par la suite, la pénétration d’Internet a augmenté de 12% entre 2019 et 2020, atteignant plus de 52% de la population.

Suite aux amendements d’avril 2020 au code pénal, le gouvernement de Tebboune a adopté en décembre 2020 son tout premier décret régissant les médias électroniques. Le décret présente de nouvelles restrictions à l’exploitation des médias numériques en Algérie et reflète l’état d’esprit du gouvernement tel qu’expliqué dans cet article du ministre de la Communication:

Ce décret, premier du genre en Algérie, constitue l’une des priorités du plan d’action du secteur dans le cadre de l’intérêt accordé par le Président de la République à la généralisation du numérique et au contrôle de la presse électronique qui renferme des avantages et des inconvénients principalement liés à la mauvaise utilisation de ce type de médias modernes pour porter atteinte aux individus et aux institutions en diffusant des rumeurs, des fausses nouvelles et des vidéos truquées

Ce décret, premier du genre en Algérie, constitue l’une des priorités du plan d’action du secteur du fait de l’attention portée par le Président de la République à la numérisation globale et à la maîtrise des médias en ligne. Ces médias présentent des avantages et des inconvénients, ces derniers se produisant lorsque les médias sont utilisés pour nuire aux individus et aux institutions en diffusant des rumeurs, de fausses nouvelles et de fausses vidéos.

Parmi les changements apportés par ce décret, les médias algériens sont par exemple tenus de s’enregistrer sur un domaine internet .dz, dans une tentative claire de contrôler leur contenu compte tenu des lois de censure strictes en Algérie. En effet, la plupart, sinon la totalité, des sites d’opposition sont enregistrés en dehors de l’Algérie pour préserver la sécurité de leurs contributeurs, qui utilisent souvent des surnoms pour se protéger et protéger leurs familles contre le harcèlement de l’État.

Un lourd tribut payé par les journalistes et les blogueurs

Alors que les autorités algériennes ont libéré un certain nombre de prisonniers politiques le 18 février 2021 dans un effort pour empêcher de nouvelles manifestations massives pour marquer le deuxième anniversaire du mouvement Hirak, les voix les plus franches défendant et incarnant la liberté d’expression ont toutes ensemble payé un lourd tribut pour oser revendiquer leurs droits.

Un exemple en est Walid Kechida, créateur de la page Facebook «Hirak Memes» avec près de 15 000 membres, dans laquelle il affiche des images humoristiques critiquant le gouvernement et soutenant le mouvement Hirak. Il a été arrêté le 27 avril 2020 pour «offense au président», un crime qui est mentionné dans les amendements d’avril du Code pénal dans le cadre de publications en ligne. Il a finalement été libéré le 31 janvier 2021, après neuf mois de prison.

De même, Khaled Drareni, l’un des journalistes les plus francs du mouvement Hirak, a été libéré le 19 février, après avoir passé près d’un an en prison pour avoir prétendument «incité à des rassemblements non armés».

Comme, Amira D., une étudiante et militante, qui n’a pas voulu donner son nom complet, a déclaré à GV:

Ces deux jeunes qui ont réussi à mettre à genoux un système juste avec un stylos et un téléphone, sont le visage de la jeunesse algérienne, ils nous ressemblent, dans la diversité qu’est notre jeunesse. Le système à travers la justice veut nous faire peur.

Ces deux jeunes hommes ont réussi à mettre un système à genoux simplement avec un stylo et un téléphone, et représentent le visage de la jeunesse algérienne, ils nous ressemblent dans la diversité qu’incarne notre jeunesse. Le système veut nous faire peur en utilisant le système juridique.

Cet article fait partie d’une série d’articles examinant les interférences avec les droits numériques en période de verrouillage et au-delà pendant la pandémie COVID-19 dans neuf pays africains: Ouganda, Zimbabwe, Mozambique, Algérie, Nigéria, Namibie, Tunisie, Tanzanie et Éthiopie. Le projet est financé par le Fonds africain pour les droits numériques de la Collaboration sur la politique internationale des TIC pour l’Afrique orientale et australe (CIPESA).


What do you think?

18 points
Upvote Downvote

Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Loading…

0
Algérie ... Des étudiantes agressent des professeurs qui les ont empêchées de tricher aux examens de l'Université de Batna

Algérie … Des étudiantes agressent des professeurs qui les ont empêchées de tricher aux examens de l’Université de Batna

Le retrait de la crise politique et économique en Tunisie aplati avec la délibération du dossier de la Cour constitutionnelle

Le retrait de la crise politique et économique en Tunisie aplati avec la délibération du dossier de la Cour constitutionnelle