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Nucléaire algérien, FIS, GIA : les aveux d’ex-patrons du renseignement français

AB renseignement français

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Le criminologue français Alain Bauer (au centre), co-auteur du livre. D. R.

Par Nabil D. – Dans leur ouvrage Les guetteurs, les patrons du renseignement français répondent, paru aux éditions Odile Jacob, en mars 2018, Alain Bauer et Marie-Christine Dupuis-Danon font parler des officiers du renseignement français qui font un certain nombre de révélations concernant l’Algérie. Ces derniers expliquent, dans le livre préfacé par l’actuel ministre français des Affaires étrangères et ancien ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, que «le terrorisme était déjà une préoccupation, mais très différemment d’aujourd’hui» et précisent qu’ils traitaient «essentiellement du terrorisme algérien».

Les patrons de l’espionnage et du contre-espionnage français admettent que s’il existait une «structure de relations entre services alliés […] qui marchait plutôt bien», ce n’était pas le cas avec leurs homologues algériens, bien qu’il y ait toujours eu, dans le cadre de la lutte antiterroriste, un «contact étroit avec des services étrangers et en particulier algériens», lequel contact leur a permis d’orienter leurs recherches «vers la mouvance islamiste radicale, en particulier le foyer Ahl Al-Bayt au Kremlin-Bicêtre», au sud de Paris. «Ce que nous tenions en revanche pour une certitude, c’était le téléguidage de ces opérations meurtrières par une puissance étrangère. Le terrorisme de cette époque, à la différence de celui que nous combattons aujourd’hui, trouvait son explication dans la rationalité des Etats. L’identification se faisait donc assez facilement», relèvent les auteurs du livre.

Evoquant la question de l’islamisme radical, ils confessent qu’«avec le recul», les officiers du renseignement français n’ont «peut-être» pas «suffisamment exploité ce qu’ils étaient parvenus à en connaître et à en comprendre de l’islamisme radical». Faute de ressources humaines qualifiées, les services français, apprend-on, ont «défini un nombre limité d’objectifs à l’Est et surtout dans le monde arabe : Syrie, Liban, Palestine, Arabie [Saoudite], Algérie, Libye et, bien sûr, Iran». «Il s’agissait de suivre attentivement le développement et l’extension des intégrismes», expliquent les intervenants qui précisent que «pour mener à bien ces missions, nous devions dégager des personnels en allégeant la bureaucratie et en supprimant les doublons, tout en développant le système de formation pour pallier l’insuffisance du nombre et de la qualité des moyens humains – analystes, linguistes, interprètes connaissant le monde arabe». «Sur une centaine de cadres de catégorie A, une dizaine seulement travaillaient sur le Moyen-Orient», révèlent-ils encore, en ajoutant qu’au plan technique, les services français avaient «adapté et développé» leurs moyens d’écoute et d’interception satellitaire, «jusque-là orientés vers l’Est face au mur de Berlin, afin de les élargir au reste du monde, Moyen-Orient, Afrique du Nord, Amérique, etc.»

«A l’international, les RG (Renseignements généraux, ndlr) suivaient «un petit peu l’islamisme, essentiellement en lien avec l’Algérie confrontée au FIS», précisent les anciens directeurs des différents services secrets qui font savoir qu’«avec le Renseignement militaire créé par Joxe, la DST s’occupait de suivre les jeunes Français qui choisissaient de faire leur service militaire en Algérie». «Cela représentait de mille à mille cinq cents jeunes par an», des binationaux chez qui ils «sentaient une forme de rupture potentiellement problématique qui a, d’ailleurs, donné à certains l’idée de les instrumentaliser contre notre pays». «Nous avons alors créé une section spécialisée pour analyser plus en profondeur le mouvement islamiste et anticiper ses développements. C’est un monde où chaque individu a un nom et deux ou trois alias. Nous nous sommes donc attelés à mettre en place des outils d’analyse informatique qui permettaient de suivre à la trace une personne, quand bien même elle utilisait plusieurs identités», affirment les anciens chefs espions français, qui affirment avoir été «conscients du risque élevé de prolifération» et avoir surveillé de près le nucléaire algérien, en «scrutant tout le processus, du minerai à la bombe : matériels, matériaux, connaissances techniques, etc.» «Nous suivions de près les évolutions au Pakistan et nous avons pu établir que le pays aurait la bombe, à la différence de l’Algérie», lit-on.

Les deux responsables du renseignement français mettent en exergue, à leur tour, les désaccords entre la DST et la DGSE. «Des différences d’approche et d’analyse quelquefois très marquées» et dont l’ancien ambassadeur de France à Alger, Bernard Emié, avait fait part dans un récent entretien à un média français. Pendant que la DST collaborait avec le DRS pour combattre l’hydre terroriste islamiste, la DGSE envoyait ses agents en renfort aux GIA qu’elle couvrait et entretenait sur ordre du Parti socialiste français, alors au pouvoir. «Proposer le renforcement des liens DGSE/DST n’était alors pas chose facile», écrivent-ils. «Le directeur général de la sécurité extérieure refusait de participer aux réunions organisées Place Beauvau (siège du ministère de l’Intérieur, ndlr) et, de mon côté, j’avais été fermement encouragé à suspendre les relations avec le service de renseignement (DGSE, ndlr)», lit-on encore.

N. D.

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