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il n’y a pas que l’amour du pays

il n’y a pas que l’amour du pays

Pari partiellement réussi pour le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Marouane El Abassi. Réunir autour d’une même thématique, différentes parties prenantes de l’épargne et de l’investissement des Tunisiens établis à l’étranger, pour développer un concept innovant et surtout effectif : l’exercice lancé vendredi 9 août 2019 est prometteur. La diversité des participants, la qualité des interventions et la pertinence des propositions ont apporté des éclairages utiles. Ecouter Mustapha Kamel Nabli, Férid Belhadj (vice-président à la Banque mondiale), Fadhel Addelkéfi, Aziz Mbarek, Emna khrouf, Omar Bouhdiba, Riadh Nawar (SFI / Banque mondiale), Anis Marrakchi, Ameur Ben Ameur, Karim Hajjaj et autres Youssef Ouertani, Samir Bouzidi et Thameur Hamdane, permet de se forger une idée plurielle sur la question. L’implication des patrons de grandes banques : Habib Haj Kouider (BNA et président de l’APBT) Lotfi Debbabi (STB), Ahmed Rjiba (ATB), Mondhera Ghazali (UIB Société Générale), d’universitaires et de dirigeants d’associations de Tunisiens à l’étranger (Atuge, TAYP, Tunisie-Suisse, etc.) a été féconde.

D’emblée, Kaouther Mehrez (Natexis, Paris), lancera en débat le concept de crowfunding, alignant actuellement 35 milliards de dollars et devant se multiplier par dix d’ici 2025. Le financement alternatif s’appuie sur des plateformes de mise en relation, labellisées, investisseurs en small, moyen ou grand tickets avec des porteurs de projets ou chefs d’entreprise, sur la base de simplicité des transactions, transparence quant aux commissions, efficacité et création de valeur. 

Le système bancaire tunisien n’a qu’à offrir des services de qualité internationale

« Des pays comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, nous y ont précédé et pris une grande longueur d’avance », soulignera Aziz Mbarek, en connaisseur. La question à poser, ajoutera-t-il est de nous demander pourquoi cherche-t-on à nous reconnecter avec la diaspora tunisienne à l’étranger ? S’il s’agit d’épargne et d’investissement, les conditions d’attractivité ne sont ni le taux d’épargne, ni le taux d’intérêt, mais tout le reste. Le marché tunisien est étroit, les qualifications requises sont rares, et tant de questions essentielles sont résoudre. »

Anis Marrakchi sera incisif. Si le système bancaire tunisien veut attirer épargne et investissements, il doit proposer des services d’un niveau international et à des coûts réduits.

Emna Khrouf, nouvelle présidente de l’Atuge, abonde dans le même sens et y ajoute trois facteurs déterminants. « Confiance, procédures et stabilité du dinar, sont préalables », posera-t-elle en prescription de base du concept à forger.

Plus que l’amour, le retour sur investissement

Ce n’est pas Karim Hajjaji qui la démentira. Global Banking and Markets COO, chez Stander, il affirme qu’on risque de « nous tromper de logiciel. C’est d’abord et surtout un problème d’investissement, qui est beaucoup plus large des simples problématiques d’attraction de l’épargne de la diaspora. Si je dois investir en Tunisie, cela ne doit pas être seulement par amour du pays. Je n’ai pas besoin d’amour, mais de compétences locales, de facilitations et d’avantages incitatifs. »

Secrétaire général adjoint de l’UGTT, Mohamed Ali Boughdiri, répondra par l’affectif. « Oui, l’amour compte lui aussi. Et quand on aime, on donne, on investit », dira-t-il.

Deux expériences tunisiennes qui réussissent bien en Afrique à partir de l’Europe ont retenu l’attention. C’est une fusée à 4 étages, explique Samir Bouzidi, expert en mobilisation des diasporas africaines :

  1. On vous aime,
  2. On vous comprend collectivement et individuellement,
  3. On crée la confiance et 
  4. On propose des produits, avec une distinction pour chaque segment, en attirant particulièrement les jeunes et alors les parents suivront.

Cette formule utilisée dans de nombreux pays du Maghreb et au sud du Sahara a déjà fait ses preuves affirme-t-il. Marouane El Abassi la retiendra dans ses conclusions.

La deuxième expérience est celle de Thameur Hemdane qui opère avec succès sur le continent africain. Pourquoi ne se hasarde-t-il pas en Tunisie ? La réponse est directe : pas de cadre juridique approprié, l’économie est encore non-digitalisée ce qui handicape particulièrement les paiements et les transferts et pas d’implication suffisante et fidélisée d’investisseurs étrangers.

La recette égyptienne

Fort de sa longue expérience à la tête de grandes banques dans les pays du Golfe, Omar Bouhdiba, citera un exemple simple qui a bien réussi. Lorsque l’Egypte a voulu lever un milliard de dollars, ailleurs que sur le marché financier international, elle s’est adressée aux Egyptiens établis à l’étranger, en mettant à contribution dans chaque pays, une grande banque, disposant d’un vaste réseau d’agences. Un taux de rémunération attractif, et un réseau bancaire facilitateurs lui ont permis de recueillir en des délais très courts pas moins de 500 millions de dollars et le tour est joué.

Sans être naïf

« Il faut avoir confiance, sans être naïf », acquiescera le gouverneur El Abassi en clôture de la première partie du débat. Tout en adhérent à la fusée en 4 étages mentionnée par Ben Ameur, il estime que malgré tous les efforts jusque-là déployés, il est difficile de surmonter la logique d’incertitude globale et régionale qui n’épargne pas la Tunisie. D’où, souligne-t-il à la fois peur, craintes, colère et contestations avec mise en accusation de la bureaucratie.

Au sujet du projet de loi sur le crowfunding, soumis à l’ARP depuis 2017, il révèlera que c’est le ministère de l’Industrie et des PME qui en avait pris l’initiative. « Le problème, déplorera le gouverneur El Abassi, c’est qu’on annonce des décisions qui prendront de longues années pour aboutir ce qui entame la confiance. » Et de boucler en mobilisateur : « On est ensemble, comment faire mieux. Hatem Ben Ameur nous vient du Canada pour nous assister dans la confection d’un modèle de risque. Riadh Nawar, en Afrique du Sud a organisé une mission d’opérateurs tunisiens dans ce pays à fort potentiel. Anis Marrakchi, depuis Paris, partage avec nos équipes une expertise pointue. Et tant d’autres compatriotes, apportent une contribution substantielle à différents niveaux.  

Le grand avantage de cet exercice aura surtout été le networking entre les participants. Les échanges les plus riches se sont déroulés lors des pauses café. Et c’est déjà, précieux.

 

 

 

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