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Plus de 80% des migrants morts en mer ne sont pas identifiables

Plus de 80% des migrants morts en mer ne sont pas identifiables

18,50% reste un chiffre très faible, mais il représente le taux le plus élevé de l’identification des migrants morts dans les eaux marocaines, selon la Plateforme nationale de protection des migrants (PNPM). Ce pourcentage est celui de la reconnaissance des corps de migrants retrouvés dans l’espace maritime de la région de Nador. Le premier rapport en la matière, publié par l’organisation, indique que la majorité de ces ressortissants décédés reste non identifiable formellement dans d’autres villes du nord du Maroc, à l’image de ce qui en est dans la morgue de Tétouan.

A Tanger, seuls 2% des morts retrouvent leur nom, ce qui veut dire que 98% des corps repêchés par les autorités locales sont «non identifiés et restent anonymes», ajoute la même source. Selon la PNPM, une seule exception existe grâce aux services consulaires sénégalais, dont les agents basés dans les provinces marocaines rendent possible une identification de la majorité des ressortissants décédés et issus du Sénégal.

«Ce rapport tente de dresser une première approche visant à comprendre comment les personnes migrantes mortes aux frontières maritimes marocaines sont identifiées», explique ainsi la plateforme en introduction, soulignant l’importance de cette question au regard du droit international et du respect des personnes décédées, qui passe en premier lieu par leur identification.

Un premier travail sur un terrain vierge

«Alors que le débat international se concentre sur les personnes qui arrivent en Europe, soit vivantes, soit décédées, très peu d’attention est consacrée aux personnes repêchées au niveau des côtes marocaines», détaille le document qui relève des contraintes auxquelles s’est confrontée la PNPM pour effectuer ce premier travail permettant d’approfondir la réflexion sur la problématique.

Conséquence de ce vide, «le nombre exact de décès aux frontières maritimes marocaines ainsi que la façon dont ils sont traités en tant que  »morts » restent inconnus» selon la plateforme, qui met en avant l’inexistence de documents officiels publics, de rapports associatifs ou institutionnels traitant de la question.

Par ailleurs, l’absence d’outils permettant de reconnaître les migrants morts signifie que «leurs familles ne reçoivent jamais l’avis de décès, ce qui exacerbe les difficultés émotionnelles et pratiques liées à la perte d’un membre de la famille (questions légales comme l’héritage, le remariage, le pouvoir parental, les assurances)», explique la PNPM.

Cette dernière insiste aussi sur le rôle des représentations consulaires des pays concernés pour faciliter l’accès aux informations liées à ces ressortissants, comme les empreintes digitales, les coordonnées de proches ou encore des documents administratifs permettant de retracer leurs parcours ou leurs identités.

Cependant, elle explique que «la façon par laquelle les méthodes d’identification s’effectuent» a également une place importante dans ce processus, ce qui ramène au «manque de savoir-faire et de ressources susceptibles d’accroître les chances d’identification ou bien au manque d’intérêt de la part des autorités en charge de l’identification».

Un débat encore nouveau

Quelques mois avant la sortie de ce rapport, la PNPM avait déjà alerté sur l’insuffisance des méthodes d’identification des migrants morts au Maroc lors de leur traversée, les pouvoirs publics étant toujours confrontés au «défi pour trouver des empreintes ante mortem» ou effectuer des analyses ADN.

Participant en décembre 2018 à la Semaine marocaine des migrations, à la veille de la signature du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières à Marrakech, la plateforme a préconisé de généraliser l’accès à la santé à tous les migrants qui en ont besoin, avec ou sans papiers, ainsi que l’élargissement des recherches «pour inclure aussi les bases de données des centres hospitaliers marocains».

Dans ce sens, la PNPM a déjà pointé du doigt la capacité limitée des morgues au nord du Maroc, rappelant que la pratique des autopsies, qui «se font toujours selon les témoignages», ne contribue pas à augmenter le taux d’identification. A cet effet, elle a précédemment recommandé d’introduire une Commission médico-légale au sein de l’Observatoire africain de la migration, et de constituer une base de données des morts aux frontières maritimes marocaines.

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Ya Biladi

Written by Ya Biladi

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