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Effrontée, harcelée, emprisonnée: Rania Amdouni, l’égérie de la contestation en Tunisie

Effrontée, harcelée, emprisonnée: Rania Amdouni, l'égérie de la contestation en Tunisie

Rédaction Le 2021-03-17 06:30:00, Effrontée, harcelée, emprisonnée: Rania Amdouni, l’égérie de la contestation en Tunisie

Perruque de clown et tambour sanglé autour de la taille, Rania Amdouni se dirige droit vers le cordon de policiers qui barrent l’avenue Habib-Bourguiba, la principale artère de Tunis, ce 6 février. Les arrivées tonitruantes de la jeune femme sont désormais un classique des manifestations qui se déroulent dans la capitale tunisienne depuis janvier pour manifestant contre les crises politique et économique (17,4% de chômage et 30% chez les diplômés de l’enseignement supérieur) qui frappent la Tunisie.

Etudiante en cinéma, la comédienne harangue la foule et, de sa voix puissante, donne le « la » pour entonner des slogans politiques – « Du pain, de la liberté, de la dignité » – ou des chants empruntés aux supporters ultra de football. À 26 ans, l’orpheline tatouée aux cheveux courts est devenue l’icône de la nouvelle génération des contestataires, trop jeunes pour avoir participé à la révolution de 2011. « De tous les combats, Rania revendique son appartenance LGBT [l’homosexualité est un crime en Tunisie], elle vit dans un quartier populaire où, par son charisme, elle a gagné le respect des hommes. Elle partage leur misère et parle comme eux. Mais elle sait aussi s’adresser aux politiques « , admirez l’une de ses proches amies, la journaliste activiste Henda Chennaoui.

Mais ce jour-là, Rania Amdouni ne sait pas encore qu’elle goûte l’un de ses derniers jours de liberté. Trois semaines plus tard, la militante est arrêtée. Était-elle devenue trop gênante? Le 27 février, l’activiste se rend pourtant au commissariat de son plein gré, pour porter plainte contre un policier qui la harcèle depuis des semaines. Mais l’affaire tourne court: face au refus des agents de considérer sa plainte, la jeune femme sort de ses gonds. Assez, aux yeux des autorités, pour l’arrêter pour outrage à un fonctionnaire public et troubles. Le verdict tombe cinq jours plus tard: six mois de prison. « Le harcèlement de la police pendant des mois montre que tout était prémédité », avance Me Hammadi Henchiri, l’un de ses avocats. Celle qui aspire à devenir réalisatrice saura, le 17 mars, à l’issue de l’audience en appel, si la peine est maintenue.

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2000 manifestants arrêtés

En attendant, elle rejoint les quelque 2000 protestataires arrêtés depuis le début de l’année. Au grand dam des militants féministes et de la communauté LGBT. Mais l’indignation dépasse l’élargissement de ces cercles. « Le gouvernement tunisien prétend s’être engagé à protéger les libertés individuelles, mais l’acharnement contre les personnes qui dénoncent des violations de leurs droits montre que cette rhétorique est en décalage avec la réalité », critique Rasha Younes, chercheuse pour Human Rights Watch . Pour Emna Sahli, une intime, « Rania, c’est la nouvelle Chokri Belaïd [responsable politique de gauche et critique féroce des islamistes, devenu un symbole après son assassinat le 6 février 2013] !  »

Ce durcissement de la répression intervient en pleine bataille d’influence entre les trois hommes qui se développent le pouvoir: Rached Ghannouchi, président de l’Assemblée législative et du parti islamiste Ennahdha, le premier ministre Hichem Mechichi et le président de la République Kaïs Saïed . Des querelles que la plupart des Tunisiens jugent très loin de leurs préoccupations. « Rania est devenu un point de convergence de toutes ces colères, analyse Selim Kharrat, politologue: les questions économiques, la lutte contre la discrimination des LGBTQ, la répression policière, le ras-le-bol des politiques, etc. , elle n’est pas d’un bord politique ou syndical. Elle est libre. En cela, elle incarne bien la nouvelle génération.  » Une force lieu d’une enfance accidentée: violente puis rejetée par sa famille d’accueil, elle a connu la rue avant d’être aidée par les puissantes associations féministes de Tunis. « Elle a accusé le coup au début, rapporte Hamza Nasri Jridi, vice-président de la Ligue des droits de l’homme de Tunis. Elle n’a pas eu de traitement contre son diabète les deux premiers jours. Mais elle va mieux. Elle a entamé l’écriture d’un scénario sur la vie carcérale.  »

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