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En Tunisie, la difficile promotion de l’allaitement maternel

En Tunisie, la difficile promotion de l'allaitement maternel

Rédaction Le 2021-02-27 09:00:00, En Tunisie, la difficile promotion de l’allaitement maternel

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Championne du monde et olympique de course et demi-fond, l'athlète tunisienne Habiba Ghribi fait la promotion de l'allaitement maternel. Championne du monde et olympique de course et demi-fond, l’athlète tunisienne Habiba Ghribi fait la promotion de l’allaitement maternel. LILIA BLAISE POUR « LE MONDE AFRIQUE »

Le sourire de l’athlète Habiba Ghribi en train d’allaiter son enfant s’expose depuis plusieurs semaines sur des affiches géantes placardées dans les rues de Tunis et d’autres villes tunisiennes. La championne du monde et olympique de course de fond a prêté son concours à cette campagne lancée par l’Unicef ​​pour encourager une pratique qui peine à faire des émules dans le pays. Selon des données datant de 2018, la Tunisie affiche un taux d’allaitement maternel exclusif de 13,5%, parmi les plus bas au monde et même pas un tiers des nouveaux-nés sont mis au sein durant la première heure qui suit leur naissance .

En Tunisie, la durée du congé maternité, qui se résume à seulement dix semaines après l’accouchement dans le secteur public et à trente jours dans le privé, contribue à cette situation. En effet, «le milieu professionnel n’offre souvent pas un environnement adéquat. Il existe encore une loi en Tunisie qui oblige les entreprises comptant plus de cinquante femmes à avoir au moins une salle pour l’allaitement ou permettre à utiliser de tirer son lait et de le conserver dans un frigo », explique Zahra Marrakachi, médecin et présidente de l’association Hanen, qui promeut l’allaitement maternel. Elle est actuellement en pourparlers avec des entreprises dans une zone industrielle au sud de Tunis afin d’installer des structures pour les travailleuses.

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Le médecin rappelle que de nombreuses études scientifiques ont attesté les bienfaits du lait maternel, à la fois pour l’immunité de l’enfant mais aussi pour la prévention des maladies non transmissibles lorsqu’elle devient adulte. Dans ce contexte, elle déplore le manque d’informations et d’assistance en milieu médical pour les femmes voulant allaiter.

«Avant mon accouchement, j’avais insisté pour faire du peau à peau dès la naissance de mon enfant, raconte Douja Mestiri, 34 ans et consultante en management culturel. Au lieu de ça, on m’a très vite séparé du bébé et on lui a donné le biberon sans mon autorisation. Ensuite ça a été très compliqué, il n’acceptait pas le sein et quand je sollicitais le personnel soignant à la maternité, j’ai eu très peu de conseils. »Elle a finalement eu recours à une consultation à distance avec une conseillère française en lactation qui l’aide à reprendre confiance et à maintenir un allaitement quasi exclusif les quatre premiers mois.

«Charge mentale»

Sur les réseaux sociaux, plusieurs groupes d’entraide réunissent des centaines de femmes en quête d’information. Eya Belkhir, une pharmacienne de 28 ans, consultante en lactation et membre d’Hanen, donne des conseils quotidiens pour permettre aussi aux femmes de déculpabiliser. «Ce n’est pas facile, car il y a une pression sociale et parfois des dépressions post-partum face à l’échec de l’allaitement», explique-t-elle.

Dora Ladjimi, conseillère en lactation, est allée plus loin en présentant une start-up, La Bulle des mamans, qui propose un accompagnement pré et postnatal. En banlieue de Tunis, elle reçoit chaque semaine des jeunes mères pour les informer sur la meilleure façon d’allaiter. «Cet atelier m’a aussi permis de démystifier la question de la souffrance autour de l’allaitement. Beaucoup de femmes m’avaient dit que cela faisait très mal », témoigne l’une des participantes. Pour Dorra, l’objectif est de démocratiser cet accompagnement, quasi inexistant en Tunisie et non remboursé par la Sécurité sociale. Elle fait payer 70 dinars (21,5 euros) pour une session de trois heures, mais veut désormais monter une association afin d’aider plus l’élargissement. Elle reçoit également des appels d’autres régions de la Tunisie et assure un suivi à distance. «Souvent les femmes doutent de la qualité de leur lait. Il faut corriger tout cela », estime-t-elle.

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Au sein du personnel soignant, des pédiatres et gynécologues commencent à soutenir ces initiatives malgré la pression de certains lobbys pharmaceutiques qui militent pour que les substituts au lait maternel soient favorisés dès la naissance. Plus une vingtaine de marques sont présentes sur le marché tunisien. «Des délégués médicaux m’ont proposé un voyage tout compris au Liban pour un colloque sur les laits artificiels, il y a un aspect mercantile dans la promotion des substituts qui malheureusement dessert aussi la profession», témoigne un pédiatre de la ville de Nabeul qui souhaite rester anonyme.

Pour Marilena Viviani, représentante de l’Unicef ​​en Tunisie, la promotion de l’allaitement maternel doit passer par une meilleure régulation des laits artificiels, mais aussi par un changement des mentalités. «La charge mentale liée au travail domestique et professionnel est énorme pour les Tunisiennes», insiste-t-elle. Le ministère de la femme, de la famille et des personnes âgées planche sur la mise en place d’un congé prénatal pour la mère, d’une prolongation de son congé postnatal mais aussi de la création d’un congé paternité de deux semaines.

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