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En Tunisie, la grande fatigue des ménages asphyxiés par la crise

En Tunisie, la grande fatigue des ménages asphyxiés par la crise

Actuexpress Le 2021-06-03 10:12:05, En Tunisie, la grande fatigue des ménages asphyxiés par la crise

« Tout le monde autour de moi est stressé, a les mêmes problèmes financiers. On est tous fatigués et angoissés. » Les yeux tirés, Lotfi, propriétaire d’une maison d’hôtes dans la médina de Tunis fait partie de la frange de la classe moyenne la plus durement touchée par la crise : celle qui vit du tourisme.

Assis dans son petit atelier de peinture aménagé dans la maison, il regrette l’époque où il vivait tranquillement de son salaire. Lotfi a demandé auprès de connaissances et vendu des objets de valeur pour rembourser des prêts et payer ses charges. « Les banques se fichent de nos difficultés, on dirait qu’il n’y a pas de crise pour elles », s’énerve-t-il.

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Comme une grande partie de la classe moyenne, il est pris dans une spirale d’endettement et peine à rembourser ses prêts. « On a vécu la crise du Golfe et celle de la Révolution, mais une crise comme celle-ci jamais ! » Les économistes eux-mêmes évoquent une possible dissolution de la classe moyenne frappée de plein fouet par la pandémie.

L’avenir comme « un tunnel sombre »

Les crédits à la consommation ont augmenté de 7 %, alors que les crédits logement ont affiché une légère hausse de 1,6 %, de janvier à septembre 2020, selon la Banque centrale tunisienne (BCT). Face aux difficultés des particuliers tunisiens à rembourser leurs prêts, la BCT avait décidé, au printemps 2020, du report par les banques tunisiennes des échéances des crédits aux particuliers sur une période de trois mois.

En l’absence de touristes, Lotfi loue ses chambres au mois des travailleurs. Il voit l’avenir comme « un tunnel sombre ». Dirige sa colère contre les « responsables politiques qui ne proposent pas de solution ». Assure ne plus avoir confiance dans le système capitaliste. Et, surtout, s’inquiète d’un déclassement de ses enfants. « Mes fils ne comprend pas ce que veut dire une crise. Ils veulent toujours que je leur achète des paniers, des jeux… mais je ne peux plus. »

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L’inflation à 5 % en avril, l’arrêt quasi total du tourisme qui a atteint 14 % du PIB, et le taux de chômage à 18 % ont plongé les Tunisiens dans une souffrance économique dont ils ne voient pas le bout.

La crainte d’une cure d’austérité

Le gouvernement espère obtenir un quatrième prêt du Fonds monétaire international en dix ans. Alors que les agences de notation baissent régulièrement la note du pays surendetté et que le coût de la vie ne cesse d’augmenter, les Tunisiens craignent les réformes d’austérité envisagées. Parmi elles, la fin des subventions sur l’essence et sur les aliments de base, contre les aides sociales réservées aux ménages les plus défavorisés. Mais aussi la réduction de la masse salariale publique du pays, parmi les plus élevées au monde.

Hela, fonctionnaire, redoute que ces négociations aboutissent. Dans son salon blanc et rénové d’un immeuble à Tunis, elle et son conjoint ont aidé leurs enfants de 12 et 14 ans à étudier. Dès le lendemain, elle devra de nouveau faire la navette vers son lieu de travail à Béja, à 100 km à l’ouest de la capitale. Elle et ses collègues y ont mené une grève, la semaine dernière, après l’annonce d’une baisse des salaires et primes annuelles.

« Nous faisons des sacrifices pour que nos enfants vivent bien »

Même s’il arrive à économiser un peu, le couple a dû contracter un prêt bancaire, vendre des bijoux et acquérir des connaissances pour acquérir leur appartement. « Avant je remplissais mon panier de cours pour 30 dinars (9 €), maintenant même avec 100 dinars c’est impossible », explique Hela. « Nous faisons des sacrifices pour que nos enfants vivent bien, car c’est eux le plus important », dit-elle, évoquant aussi une baisse de la solidarité entre proches et amis. « Les gens ont honte désormais de parler de leurs problèmes, et sont de plus en plus individualistes. »

Mais alors que la classe moyenne peine de plus en plus à contracter des prêts, les travailleurs précaires eux n’ont pas le même luxe de pouvoir emprunter. Dans une ruelle de la médina, Neila coud dans sa boutique où de rares tissus sont éparpillés sur les établis. « J’ai dépensé le peu d’économies que j’avais pour nous nourrir. Je n’ai pris aucun prêt voiture je n’ai aucun moyen de le rembourser », confie-t-elle.

Des ménages précaires privés d’emprunts

Depuis la pandémie, Neila n’a pratiquement plus de clients. Elle ne peut plus payer le loyer de son local depuis deux mois. Avec à sa charge son neveu et sa mère, la quadragénaire n’arrive plus à joindre les deux bouts : « Les gens n’ont plus de quoi se nourrir, alors encore moins pour coudre des vêtements ». La couturière appelle les responsables à « se réveiller ». « Nous les travailleurs manuels, qui sommes payés à la journée, nous sommes comme morts », assène-t-elle, osant à peine espérer des jours meilleurs.

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Bessma non plus n’a aucun espoir. « Chaque année est pire que la précédente », déplore cette femme de ménage de 42 ans. L’État a versé une aide ponctuelle de 200 dinars au début de la pandémie, mais elle n’a rien reçu de voiture son activité n’est pas officielle.

Mère de cinq enfants, Bessma nettoie des immeubles d’un quartier de la classe moyenne pour 100 dinars par mois (30 €), alors que le salaire minimum s’élève à 400 dinars. Pour subvenir aux besoins de toute la famille, elle vivote en collectant des bouteilles en plastique qu’elle revend et en faisant des ménages chez des particuliers pour 20 dinars, soit six euros.

Sa famille se prive dorénavant d’aliments, « comme les fruits ». « J’ai toqué à toutes les portes, le sous-préfet, les banques, mais rien. » Bessma ne peut pas emprunter. « Avec le coronavirus, on souffre encore plus, souffle-t-elle. Il y a des gens qui ne veulent plus d’une femme de ménage chez eux et tout est devenu trop cher ».

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