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« La Tunisie peut être un pays producteur de vaccins » – Jeune Afrique

« La Tunisie peut être un pays producteur de vaccins » – Jeune Afrique

Rédaction Le 2021-06-16 17:03:44, « La Tunisie peut être un pays producteur de vaccins » – Jeune Afrique

En répondant à un appel de l’OMS pour évaluer son potentiel de production de vaccins, la Tunisie se positionne sur ce marché prometteur. Entretien avec Hechmi Louzir, directeur de l’Institut Pasteur de Tunis et président du comité opérationnel de vaccination.

La pandémie de Covid-19 était au cœur de la visite de travail d’Hichem Mechichi à Genève, les 8 et 9 juin. Le chef du gouvernement tunisien à plaidé la cause de son pays auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) afin d’obtenir des doses de vaccins anti-Covid mais aussi d’ accéder au marché prometteur de leur fabrication. Il s’est ainsi entretenu avec la directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, qui s’est engagé à aider la Tunisie.

La Tunisie a par ailleurs sollicité l’appui de l’OMS afin de bénéficier d’une assistance pour l’autorité nationale de réglementation du secteur, de projets de répartition aseptique de vaccins ou encore d’une plateforme de production de vaccins à ARN messager , comme l’explique Hechmi Louzir. Le directeur de l’Institut Pasteur de Tunis et le président du comité opérationnel de vaccination étaient en effet membre de la délégation. Entretien.

Jeune Afrique : À défaut d’avoir une agence nationale du médicament, la Tunisie a demandé l’assistance de l’OMS pour évaluer le fonctionnement de son autorité nationale de réglementation du secteur. Dans quel mais ?

Hechmi Louzir : Dans le contexte actuel, une autorité efficace est nécessaire pour fabriquer ou importer des vaccins de manière saine et sécurisée. Actuellement, la mission de réglementation est fragmentée : elle est assurée par différentes structures liées au ministère de la Santé. La direction de l’inspection pharmaceutique donne son accord pour la mise en place des structures de production. La direction de la pharmacie et du médicament se charge de l’enregistrement et de l’obtention d’autorisations de mises sur le marché. L’Agence nationale de contrôle sanitaire et environnemental (ANCSEP) gère la libération des vaccins. Le Laboratoire national de contrôle du médicament et le Centre national de pharmacovigilance entrent aussi en jeu…

Hechmi Louzir, directeur de l'Institut Pasteur de Tunis pose dans son bureau, le 7 avril 2020

Hechmi Louzir, directeur de l’Institut Pasteur de Tunis, dans son bureau, le 7 avril 2020 © Ons Abid

La Tunisie sollicite également une aide pour évaluer la faisabilité d’un projet de production en remplissage et finition (répartition aseptique) et même de production de vaccins à ARN messager. Le pays est-il prêt à accueillir ces technologies ?

La Tunisie peut être un pays producteur de vaccins contre le coronavirus, pour ses habitants comme pour ceux de la région, mais aussi d’autres vaccins. Il existe en effet un risque que la stratégie de production de vaccins anti-covid prenne un peu de temps et ne représente plus une urgence lorsqu’elle sera opérationnelle.

Nous souhaitons d’ingénieurs et de techniciens en biologie très bien formés

Les capacités du pays sont données étant donné son historique. L’Institut Pasteur produit déjà le vaccin BCG ainsi que des sérums. L’industrie du pays est bien organisée et prête à accepter le développement de ce genre de technologies. Nous envisageons également d’avoir un environnement scientifique favorable avec des ingénieurs et techniciens en biologie très bien formés, mais aussi un système législatif et des réglementations idoines. Nous pouvons aussi envisager de travailler en recherche et de développement sur les maladies pour lesquelles il n’existe pas encore de vaccination.

L’OMS a évoqué l’identification de cinq ou six hubs régionaux pour la production de vaccins en Afrique. Est-ce une manière pour Tunis de se positionner dans ce cours ?

L’OMS a lancé en avril un appel à une expression d’intérêt pour identifier de tels hubs, notamment dans des pays à revenus faibles ou intermédiaires. Elle se chargera dans un premier temps d’identification du potentiel de production pour faciliter les échanges, la mise en place de structures, le transfert de technologies ou l’envoi d’experts.

La Tunisie a fait une demande via l’Institut Pasteur et a ainsi affirmé à l’OMS qu’elle pouvait accueillir ces technologies. Cela pourrait se faire dans le cadre de partenariats et très probablement d’un transfert de technologie avec un ou plusieurs partenaires industriels ou entité européenne ou internationale, comme des instituts de recherche, des start-up, ou des entreprises pharmaceutiques mondialement connues.

Le Technopole de Sidi Thabet (au Nord-Ouest de Tunis) pourrait-il participer à ce processus ?

Le technopole de Sidi Thabet comprend déjà un certain nombre d’entités : une école vétérinaire, un centre de recherche en énergie nucléaire, un centre de formation en biotechnologies, mais aussi une pépinière d’entreprises. Un centre de ressources technologiques est également en cours de mise en œuvre. Cet espace d’un peu plus de 100 hectares est fait pour héberger des biotechnologies appliquées à la santé.

La levée de la propriété intellectuelle des vaccins ne suffira pas. Il faut une stratégie de transfert de technologies

On peut imaginer qu’en cas de transfert de technologie ou de partenariat avec des structures qui maitrisent différents aspects de la fabrication de vaccins à ARN messager, celles-ci ont été invitées à s’installer sur ce technopole pour profiter de ce terrain mais aussi de facilités pour lancer des partenariats avec des entreprises pharmaceutiques tunisiennes privées ou publiques.

De quelle manière l’OMC peut-elle vous défendre dans ces démarches ?

L’OMC se coordonne avec l’OMS et est assez impliquée dans ces problématiques d’appui au transfert de technologies et de levée des brevets. Lors de sa rencontre avec Ngozi Okonjo-Iweala, le chef du gouvernement tunisien a évoqué la levée de la propriété intellectuelle pour les vaccins anti Covid-19. Ce serait une bonne choisie, mais cela ne suffit pas. Il faut dans tous les cas accompagner cette mesure grâce à une stratégie de transfert de technologie afin d’optimiser les chances de développement de ces projets.

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