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Les réformes sociales de Bourguiba en Tunisie

Les réformes sociales de Bourguiba en Tunisie

Actuexpress Le 2021-08-31 13:16:42, Les réformes sociales de Bourguiba en Tunisie

Par Sihem Bouzgarou – Parmi les contemporains de Bourguiba et parmi ceux qui ont vécu l’ère bourguibienne, nombreux sont ceux qui éprouvent pour lui une haine viscérale. Non moins nombreux sont ceux qui lui vouent une admiration sans borne.

Essayons de démêler les fils de l’écheveau inextricable caractéristiques de cette passion antinomique pour comprendre les causes de cette haine inexplicable et celles de cette idolâtrie non moins incompréhensible.

Pour les premiers, Bourguiba avait entrepris des réformes sociales radicales pour couper les Tunisiens de leur identité arabo-musulmane et pour poursuivre « l’œuvre destructrice des colonisateurs ». Il aurait obéi à des instructions françaises en veillant à la promulgation du Code du Statut du personnel contenant des lois favorables aux femmes, à leur bien-être, à leur émancipation.
Ou quelles sont les principales réformes de ce code de la famille contestée par ceux que Bourguiba qualifiait de « vieux turbans » ?

L’abolition de la polygamie

Il est autorisé par des exégètes éclairées que la polygamie était dictée par des circonstances bien particulières et concernait une frange de la société de l’époque. Les orphelines étant nombreuses, à ce moment-là, il fallait leur garantir des droits, les orphelins de leurs tuteurs. Étant donné que ces derniers s’appropriaient indûment de la fortune de leurs élèves en les épousant. De fait, dans le verset 3 de la sourate Les Femmes, le Tout-Puissant déclare :

« Si vous craignez, épousant des orphelins, de manquer d’équité à leur respecter, il vous est permis d’épouser, telles femmes, qui vous connaitrez, au nombre de deux, trois ou quatre épouses (au maximum). Si vous craignez d’être injustes, n’en épousez qu’une seule ou une esclave en votre possession: vous n’en serez que plus proche de l’équité » (Traduction Sadok Mazigh).

Par conséquent, dans ce verset, le Seigneur ordonna aux hommes d’épouser n’importe quelle autre femme, hormis les orphelines sous leur tutelle, tout en accompagnant ce précepte d’une restriction, une condition sine qua none, celle d’être juste avec les différentes épouses et en reconnaissant une caractéristique humaine : de par sa nature l’homme ne peut pas être juste et ne peut, en aucun cas, garantir une équité parfaite, entre ses quatre compagnies. Ce qui de fait exclut la possibilité de contracter quatre unions différentes. Ne dit-il pas en effet, dans le verset 129 de la même sourate : « Vous ne pourrez jamais traiter équitablement toutes vos épouses si vous êtes polygames, dussiez-vous en avoir le plus vif désir » ?

En outre, les Arabes de l’époque préislamique étant fortement polygames, contractaient plus de dix unions, hormis les esclaves à leur service. Il fallait donc mettre le holà à cette caractéristique de l’époque de l’Ignorance, préparer le nombre de femmes, prévoir, et surtout ajouter une restriction contraignante.

De fait, la question qui s’impose: En inscrivant l’abolition de la polygamie dans le Code du Statut Personnel – comme d’aucuns le prétendent – Bourguiba avait-il contrevenu à une obligation coranique? La réponse s’impose d’elle-même et est fournie par les deux versets cités ci-dessus.

Passons maintenant à la deuxième disposition de ce Code contestée par certains détracteurs de Bourguiba.

Le divorce

Dans le Code du Statut Personnel, la dissolution du mariage obéit à trois formes : La dissolution par consentement mutuel, pour faute, et le divorce caprice. Ces modes de dissolution du lien matrimonial sont ouverts aux deux époux sans discrimination, de façon totalement égalitaire.

Au moment de la promulgation du Code du Statut Personnel, ces dispositions ont été décriées par les « vieux turbans » et certains d’entre eux prétendent que Bourguiba avait prévu aux femmes le droit de répudier leur époux. Polémique qui semble avoir de beaux jours devant elle, puisque d’aucuns allèguent que ce droit accordé par le code tunisien à la femme à consacrer à une femme musulmane le démantèlement des liens familiaux et à atteindre à la Tunisie une position peu enviable dans le concert des nations. Le nombre important de divorces classe la Tunisie à la tête des pays musulmans.

Cependant, ceux qui évoquent cette statistique pour décrier une loi, profondément ancrée dans l’esprit des Tunisiens, oublient ou feignent d’oublier que la plupart des pays musulmans n’accordent aucun droit aux femmes, encore moins celui de demander le divorce.

Par ailleurs, il s’agit là d’une position dont chacun devrait s’enorgueillir, puisque, somme toute, nous respectons une obligation religieuse qui reconnaît expressément le divorce comme corollaire du mariage. Il se trouve en effet que, dans le Coran, une sourate entière, intitulé La Répudiation (traduction de Sadok Mazigh que je conteste, personnellement j’aurais opté pour Le Divorce), est dédié à ce phénomène social universel qui n’est pas l ‘apanage d’une société à l’exception d’une autre. L’être humain étant un réseau complexe de sentiments, de passions, de sensations, il est loin d’être suffisamment armé pour ne pas subir les aléas de la vie commune. En accord à l’individu le droit de demander le divorce, en reconnaissant au couple le droit de dissoudre une union contractée au préalable, le Seigneur admet que deux conjoints peuvent ne plus s’entendre au point de vouloir se séparer.

D’ailleurs, les lois relatives à la dissolution du mariage sont dictées dans d’autres sourates que celle-ci ci-dessus. Dans La Vache, les versets 226, 227, 229, 231, 232, 237, ou encore Les Coalisés, verset 49, a indiqué en effet les règles à observer et la conduite à tenir en cas de séparation des deux partenaires.

Les dispositions du CSP à ce propos s’inspirent d’ailleurs largement de ces sourates.

Peut-on, dans ce cas, accusateur Bourguiba d’apostasie, tout en sachant que les lois dont il a ordonné la promulgation dans le CSP se réfèrent largement à une leçon tolérante, rationnelle et moderne, commune à plusieurs autres formateurs musulmans, tels Jaleleddine Al Afghani, Tahar El Hadded, Ahmed Amine ?

Contrairement à certains exégètes, qui dénient à la femme le droit de demander la dissolution du mariage, en invoquant un hadith tristement célèbre : « Dieu autorise le divorce, tout en exprimant une nette réprobation ». (أَبْغَضُالحَلاَلِ عِنْدَ اللَّه الطَّلاق). Ce hadith, que certains attribuent à Omar Ibnou Al Khattab, deuxième calif de l’islam, n’est-il pas subjectif ? Ne contient-il pas un jugement de valeur individuel, personnel ? Comment un homme, somme toute créature de Dieu, peut-il interférer dans l’intérieur du Tout-Puissant, pour conclure qu’il éprouve la séparation de deux époux qui ne s’entend plus ?

Pour ma part, j’estime qu’il s’agit là d’une interprétation, d’un jugement humain, et comme tels, ils ne sont pas exempts de subjectivité et sont relatifs. Cette interprétation avait peut-être été dictée pour préserver les liens familiaux, dans des circonstances bien déterminées et un contexte historique spécifique, et pour dissuader ceux qui pensent divorcer. Mais, elle ne peut, en aucun cas, être une règle générale ordonnant l’interdiction pure et simple du divorce, mais autorisant la répudiation.

Sihem Bouzgarou

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