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Tunisair, CPG… les fleurons publics de la Tunisie aux abois

Tunisair, CPG… les fleurons publics de la Tunisie aux abois

Actuexpress.net Le 2021-03-03 09:00:00, Tunisair, CPG… les fleurons publics de la Tunisie aux abois

Publié le 03/03/2021 à 12h51

Tunisair, CPG… les fleurons publics de la Tunisie aux aboisFabrizio Gandolfo / SOPA Images / LightRocket via Getty Images

Les fleurons publics de la Tunisie sont au bord du gouffre. Tunisair et la Compagnie des phosphates de Gafsa ont du souci à se faire, entre leurs problèmes structurels et l’impact conjugué de la pandémie de Covid-19 et l’instabilité politique. Le gouvernement tunisien contrôle 110 entreprises dans les secteurs des transports, de l’industrie et des services, entre autres. Pillées par le régime de Ben Ali jusqu’à sa chute en 2011, ces sociétés publiques ont depuis pas trouvé d’équilibre, en raison d’un manque de stratégie sur le long terme et de conflits sociaux à répétition.

Les réclamées de longue date pour assainir les comptes publics n’ayant pas été concrétisées, certaines sont au bord de la faillite. « L’heure est aux plans de sauvetage, plus aux réformes », a récemment averti le ministre des Transports, Moez Chakchouk. La compagnie aérienne nationale Tunisair a vu ses comptes bloqués à la mi-février en raison d’impayés à l’opération aéroportuaire franco-turc TAV Airports. D’intenses négociations ont été nécessaires pour éviter une cessation de paiement, avec impossibilité de verser les salaires.

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Tunisair compte environ 7.600 employés pour 26 avions, dont seulement sept sont opérationnels. Trois plans de restructuration ont été établis en Conseil des ministres depuis 2012 mais sont restés lettre morte. La pandémie a en outre fait chuter de 70% le chiffre d’affaires de l’entreprise en 2020, avec seulement un million de passagers, contre 3,4 l’année précédente. Enfin, sa dette atteint désormais 955 millions de dinars (290 millions d’euros).

La compagnie, qui a embauché 2.000 personnes après la révolution, avait prévu 1.200 licences en 2020. Mais un bras de fer est en cours avec la puissante centrale syndicale UGTT. Cette dernière s’est dite prête à négocier une restructuration pour éviter une privatisation, mais l’ex-PDG de la compagnie Olfa Hamdi a accusé le syndicat de bloquer le processus. Pour couronner le tout, Tunisair, déjà sans patron pendant six mois en pleines turbulences fin 2020, est à nouveau sans pilote, Mme Hamdi, jeune ingénieure nommée en janvier, ayant été limogée la dernière semaine.

Autre ancien fleuron de l’économie, la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), qui exploite l’une des rares ressources naturelles du pays, peine elle aussi à payer les salaires de ses employés. L’entreprise a vu sa production s’effondrer en une décennie, en raison d’un manque d’investissements et de troubles sociaux à répétition pour réclamer des emplois et des mesures de développement dans la région marginalisée du centre-ouest, où est extrait ce minerai serviteur à fabriquer de l’engrais. La Tunisie, qui en produisait 8 millions de tonnes en 2010, n’en extrait plus que 2,7 à 4 millions de tonnes par an – 3,1 en 2020, selon l’ex-ministre des Finances Mohsen Hassen.

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Le pays est passé de cinquième à douzième producteur mondial. En 2020, il a même importateur du phosphate depuis l’Algérie pour subvenir à ses besoins. L’exploitation du phosphate, censée être une source de revenus, est désormais une charge pour l’État. La révolution de 2011, réclamant « travail et dignité », a fait naître d’immenses attentes sociales. Les successifs ont tenté d’y répondre en définissant des emplois subalternes dans le secteur public pour acheter la paix sociale. Ces embauches non productives ont demandé « un effet boule de neige » à la CPG, souligne M. Hassen.

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Le Complexe chimique tunisien, qui transforme le phosphate, ou encore la Compagnie tunisienne de navigation (CTN) sont également en grande difficulté. La valse des gouvernements et les querelles politiciennes récurrentes ont entravé la mise en place de stratégies à long terme et la dette cumulée des entreprises publiques atteint désormais 40% du PIB, siphonnant le budget de l’État selon le Fonds monétaire international. Le chef de la mission du FMI, Chris Geiregat, a appelé mardi à « réduire les transferts » pour renflouer les caisses d’entreprises publiques « mal gérées » et à concevoir un plan de réformes réalistes. Pour l’économiste Hakim Ben Hamouda, il faut un « diagnostic approfondi » de ces entreprises, dont certaines n’ont pas publié de comptes depuis plusieurs années, et instaurer « un état d’urgence économique » pour mettre en place des réformes.

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